POESIES

LE MOT EST COMME UN PINCEAU EMPLI DE FENÊTRES

 

L'ESPACE DES SCALDES

 

Si tu peux...

 

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou, perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leur bouche folle,
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Etre Humain, mon fils.

Rudyard Kipling

-Méditation matinale-


Peut-être est-ce, du Sagittaire, l'Oiseau-emblème,
Peut-être est-ce le Chamanique Totem
Que, peut-être, rencontrerais-je, un jour blême?

En tous cas, derrière mes paupières enflammées,
Je vois comme un aigle violacé
Encore violemment ciselé
Par quelque grimace d'obscurité,
Dont quelques gouttes de noir cristal,
Comme une improbable rosée vespérale,
Tombent sur les traces de son vol,
Comme pour les délaver du sol.

Je vois comme un aigle aux plumes imaginaires
Qui plane sur la forêt des réalités ordinaires,
Dont les arbres, parfois désespérés,
Tendent leurs années, aux feuilles égarées,
Vers un ciel, par le fou-rire des éclairs, déchiré.

L'aigle se faufile entre les cimes
Des civilisations en file indienne qui grognent,
Attablées au vieux banquet des charognes,
Celles qui dégoulinent le long des crimes
De certains ecclésiastes érudits,
Enivrés par l'alcool des textes maudits.

L'aigle s'enfonce à présent
Dans la Chevelure d'Ymir le Rugissant,
Dont les volutes majestueux
Égratignent, d'une splendeur en feu,
La cohue des orages en queues de siècles délictueux.

Architectures mal famées
Qui se profilent à l'ombre de l'aigle violacé
Projetée sur un sol affamé
Par une vieille obscurité toute ridée,
Les civilisations encore aveugles et timides
Se trémoussent, démangées par la technologie aride
Que la Grande Âme a depuis longtemps désertée.

Le Cheval a beau runer trois fois de ses huit pattes agiles,
L'Horizon n'arbore encore qu'une esquisse d'Arc-en-ciel
Sous le regard attentif du Créateur d'alphabets irréels
Tatoué par le fouet des aiguilles acharnées
Au creux d'une échine harassée,
Dissimulée dans le songe d'un aigle violacé.

Galdar

 

-La Mémoire de Loge-Loki-



L'astre du jour commençait à darder ses rayons qui, avec vigueur déjà, se faufilaient parmi les instants accroupis, çà et là, ou hérissés qui tendaient, telles des offrandes, leurs virtualités vers les poussières de lumière prédatrice.

L'astre du jour, renaissant, commençait à éclabousser la clameur du ciel et LOGE-LOKI était là, assis sur son rocher.

A présent le soleil éjaculait avec force comme des coups de poing rutilants sur le rocher dont la moindre cavité résonnait sous la présence de LOGE-LOKI.

LOGE-LOKI était là, assis sur son rocher, et sa présence écrasait les instants, qui accroupis sur un sol à la végétation naissante dont on pouvait pressentir une hardiesse pleine de futurs, qui affalés sur des horizons vélléitaires, délabrés, exclamaient, fébriles, les vestiges d'un enthousiasme déchu sous les fustigations percutéess tout au long des divers Cycles de l'Histoire.

LOGE-LOKI était là, sur son rocher saillant hors la terre qui palpitait d'émotion sous une rumeur naissante, dont les vibrations s'emparaient des viscères d'un sol sans cesse plus proche, à la mesure de la progression de la foule, dont les prémices présageaient de l'étendue, de l'ampleur. Une foule qui grondait, quoique quelque peu accablée. Une foule qui, à la fois, paradoxalement, vagissait et agonisait dans des soubresauts de morts et d'éveils incessants.

LOGE-LOKI était là et, de son regard incandescent, contemplait la foule qui déambulait à présent devant son rocher, la grande foule des siècles.

LOGE-LOKI, ironique, contemplait ces siècles aveugles qui, procession anémique ou symphonie sauvage, labouraient en tous sens les boulevards de l'éternité dans le grand plan cosmique.

Gigantesque programme que les siècles apprenaient à épeler, peu à peu... trop peu au goût de LOGE-LOKI qui ressentait cette mouvance comme un insecte sordide qui se heurterait sans cesse contre la marge de son cerveau ; un cerveau qui semblait se noyer dans le reflet souffreteux du miroir délavé des siècles...

LOGE-LOKI, alors, se recueillit.

En lui-même.

Il descendit jusqu'en son tréfond en même temps qu'il dépassa le mur dressé dans son âme. Il se hissa, ensuite, de toute sa hauteur, le long de ses mouvements intimes et musculeux, comme pris dans l'analogie de son geste, dans l'écrin duquel il put, dès lors, spectateur privilégié, contempler son essence, debout sur un horizon éclaté, criblé de silences étincelants.

Il avait dépassé le mur échevelé de son âme pour s'installer, se vautrer dans sa cathédrale intérieure, accrochée à son esprit dont le tocsin se mit à hurler dans tous ses regards !

Alors, indigné par la lenteur des siècles harrassés, stature sculptée par un architecte dément dans une orgie de diamants qui se déchaine à l'infini, et se décompose en couleurs encore toutes étonnées de leur naissance, LOGE-LOKI se dressa :

" Ô Siècles, cria-t-il, vous, aux rêves ébouriffés, aux cris chancelants, aux haleines fébriles et vacillantes dans la flaque de la lenteur..."

Mais LOGE-LOKI ne put poursuivre car les siècles se ruèrent sur lui de toute leur apparence désordonnée, en voulant ficher dans son essence le javelot de leur logique encore balbutiante... mais ils n'atteignirent que l'ombre de lui-même qu'il avait négligemment laissé choir comme un hommage à leur impuissance.

" Par les vertus d'Excalibur et de Nothung, c'est votre élan que je m'en vais ciseler d'importance, Ô Siècles, pour en faire jaillir une lucidité propre à domestiquer vos impulsions aveugles et perverties par l'ignorance quant à la cause de l'instinct ! "

LOGE-LOKI, debout sur son rocher qui grimaçait à présent d'ardeur contenue comme une gargouille naturelle, se mit à lancer des soleils à tour de bras en hurlant des Ouragans d'Incantations et en invoquant les Cérémonies Vertigineuses du Grand Vide Béant et Magique. Les doigts écartelés de puissance, il cria :

" L' humain n'existe pas en tant que tel et demeure une illusion quant à lui-même ! Son essence réelle embrasse une réalité qui dépasse ordinairement tout ce qui est envisageable. Tant qu'il cultivera sa morale et sa condition humaine encombrée de limitations, il se confinera dans l'esclavage, tandis qu'en développant son état d'être réel, total et évolutif, il deviendra le Seigneur intrinsèque qui reste sa seule et vraie condition :

" Celle d'Enfant des Dieux !

" L'humain n'est qu'une illusion d'optique !

" L'humain mental se résume à un souvenir qu'organisent la génétique, l'hérédité, l'atavisme, l'éducation, l'expérience et la mémoire réincarnationnelle !

" L'humain spirituel est un Dieu en puissance, c'est sa seule réalité !

" Tant que l'humain n'aura pas compris cela, vous déambulerez toujours, Ô Siècles errants, comme autant d'ornements pustuleux sur l'échine de l'ignorance humaine..."

Et LOGE-LOKI partit d'un grand éclat de rire.

Galdar

 

***Musique de Chambre***
 
( Dédiée à la Femme que j'aime )
 
 
Toi, ô toi, Tentation de mes entrailles, Bûcher pour mon coeur,
Je sculpte mon délire dans le Couloir de tes Caresses
Pour l'enfouir dans les Vagues de ta Chaleur
Et fouiller les Abimes de ton Corps d'allégresse
Jusqu'à cette houle où mes ténèbres hurlent ta lumière !
 
Mouvement fébrile, hérité de nos spasmes affolés,
Tu vas et viens chercher mes moindres secrets d'éther
Et te tends vers ton Orgasme, mon trophée,
Tapi dans mes voluptés qu'elles bouleversent comme un divin tourment.
 
Habilement, Bien-Aimée, tu as capturé mon ciel dans tes Yeux d'averse
Et ma nouvelle lumière naît à travers ce Regard
Qui m'engourdit et me rend si hagard...
 
Mon univers est ton Âme,
Ton Corps ma patrie et ma foi,
Mon horizon ta Bouche de Femme
Et ton Vagin ma Loi
Où je confie tous les furieux sanglots
De mon sexe devenu cet amour si beau !
 
Ton Regard dévore ma pensée pourtant si étale
Qui frôle sans cesse, sans pudeur, la déflagration mentale
Pour t'excessiver hors de toute mesure !
 
Le Destin nous a gravé dans son paroxysme futur
Comme un diamant dans un écrin de silence
Où l'éternité me décrit ta Nature,
Où l'infini me rappelle ton Essence,
Où le miracle permanent m'impose ta Présence...
 
Toi, ma Cérémonie que j'ai toujours rêvée, si chère,
Et qui, toute chatte, s'est faite chair,
Tu es ma nouvelle Tradition chérie,
Le Tabernacle rayonnant dont l'Hostie
Est ton Clitoris délicatement ciselé
Par ma langue, cet orfèvre qui officie
Pour nos fidèles sens échevelés.
 
Quand je m'éveille, tu jaillis comme une Orchidée
Dans ma pensée et se répand toute la journée
En Cascade éblouissante dans tout mon être ébranlé !
Quand je m'endors, tu deviens la Capitale de mes songes hérissés
Que tous mes soupirs, profonds et haletants, vont habiter...
 
J'aimerais être ce Sourire qui se pose sur ta Bouche
Comme un baiser de ma vie chaud et fort.
 
J'aimerais être tes Atours, tes Bijoux et ta Couche
Qui me narguent pour sans arrêt caresser ton Corps.
 
J'aimerais être jusqu'à tes Souvenirs qui drapent ta Mémoire
Pour m'y introduire comme un présent éternel, chaque soir !
 
Galdar


Toi, ma Flamme Jumelle

( Toujours dédié à la Femme de ma vie)

 

Caché derrière les brumes des siècles à venir,

J’ai soudain apercu tes pas de lumière…

Comme des diamants qui s’écoulent en rivière,

Ils ont brùlé leurs reflets sur ton souvenir…


Les voiles de l’oubli se sont alors déchirés

Et les vagues déferlantes du temps m’ont capturé

Pour renaître jusque sur le rivage de ton âme

Où mon regard s’est embrasé à ta flamme.


Enlacés sur la corniche de notre Destin,

Nous avons contemplé au loin notre Origine

Près des Déités attablées à leur festin

Ennivrés par la mémoire des époques divines.


Du feu de l’Eternité, cette grande Dame,

Nous avions jailli, sculptés Dans la même flamme!

Du bout des doigts, l’Infini toucha notre Grâce

Et les étoiles bénirent ton regard de leurs traces.


L’Esprit des Astres a configuré notre essence

Qu’il a enfoui dans le secret de nos mémoires…

Nos âmes jointes dans le Temple de notre Silence,

Fouillons, Bien-Aimée, les abìmes de ce ciboire!


Du fond de nos âges nous attend le Grand Arcane

Pour illuminer l’obsurité de nos crânes

Et métamorphoser nos existentes entières

En de vertigineux Cyclones de Lumière!


Galdar

 

 

La Question Sauvage


 
 
Aile de fer qui blesse le visage ridé de la nuit des fièvres
En réchauffant de tes plumes ses frissons qui souillent le soir,
Armées d'un sourire obscur que pétrissent mes ardentes lèvres,
Dis-moi, dis-moi, immense solitude familière de feu noir...
 
Mélopée blafarde, suintée du regard d'une lune flétrie,
Tu surviens, semblable à une tunique, trôner sur mon échine
Qui ploie dans l'effort pour lui renvoyer cette larme pétrie,
Dis-moi, face égale au douloureux Odin d'époque divine...
 
Visage de l'inconnue que ressuscite un souvenir prude
Dérobé à une vision de hasard écrasée d'émoi,
Dont je pare mes secondes qui crépitent sur ton ombre, solitude,
Dis-moi, visage de marbre ou de cire, différent à chaque fois...
 
Rire qui se consume sur une de mes faces perdue dans l'instant,
Près du geste de son écho ricoché de paroi en paroi
Et sculpté par des ombres que je reconnais de temps en temps,
Foule de mon haleine sur le vrai miroir des siècles, dites-moi...
 
Dis-moi, stalactite de l'ennui qui tombe sur une mauvaise rime,
Dont les gouttes empruntent au paysage la patience d'exister,
Avant de fuir dans la frondaison des couleurs d'un abîme,
Là où l'on descend pour voir son reflet des heures persistées...
 
Dis-moi, musique de l'amour qui s'allonge, hirsute, couronnée,
Entoure l'âme d'une écharpe de soie, suggère des songes émaciés,
S'affrontant dans un combat où la pensée abandonnée
Comme une belle femme s'égare et joue parmi ses volutes d'acier...
 
Dites-moi si l'existence encore en brouillon indéchiffrable,
Parviendra, un grand jour, dans une définition vénérable?
Oui, dites-moi si, de cycle inflammable en cycle interminable,
Le Grand Ordre des Univers sera un jour délectable? 

Galdar
 

 

 Le Cri Froid 
 
 
Je déclare la guerre aux assassins d'idéal,
Aux injures à la vie,
Guerre silencieuse et glaciale,
A la procession des fous au bord des anéantis.
 
Je violerai le monde d'impuissants serti
En hurlant sur la soif des étoiles,
Mais jamais je ne mettrai bas ce voile
Où s'inscrivent tous mes bas-reliefs accroupis!
 
Arrêtez la symphonie du sang,
Fouillez l'amertume des grimaces.
Soulevez-en la glace
Dont le givre vous séduira en passant
 
Et 
           Vivez !


Galdar

 

 

 

 

 Jörd ! Jörd ! Jörd ! 
 
 
Tout près de l’astre essentiel,
Le vol des oiseaux griffe le ciel ;
Ils crient et conversent en cadence :
  Leur chant déchire le silence.                        
 
En dessous les vagues palpitent
A la surface de l’océan
Qui relie les terres bénites.
Leur semence déchire le vent
 
Un oiseau ricoche sur l’écume
Et soudain plonge pour une capture
Qui vient engendrer une blessure
Au poisson en rouge costume.
                               
Les arbres élèvent comme des prières,
Des secrets que disent leurs feuillages,
Mais que perce à jour et libère
Un rayon de soleil peu sage.
                              
Les nuages dansent, tout bousculés,
Ce peuple du ciel basculé.
Les cascades s’évanouissent en fleuves.
Mais que le lac vertical pleuve.
                                
La pluie, mouvant rideau du ciel,
Tombe alors en franges serrées,
Et meurtrit un sol artériel,
En crépitant d’ivresse aérée.
                                   
Tous ceux qui surent marcher debout
Trouvèrent leur place dans ce royaume.
Leurs belles actions sans contre-coup
Firent une ambiance de bel arôme.
                                   
Mais d’autres qui croient marcher debout
Deviennent hors-la-Loi Naturelle,
Se mettent à penser de la boue
Qui vient souiller Terre-Mère !
                                     
Ces trouble-fêtes violent la mer !
Ces êtres maudits blessent les airs !
Ces mauvaises gens méprisent, amers,
Ces animaux qui sont nos frères !
                                       
Eh oui ! L’Air se désarticule !
Eh oui ! Furieuse, l’Eau se déchire !
Eh oui ! De rage le Feu s’expulse !
Eh oui ! La Vraie Terre se révulse !
                                        
Galdar

 

 

 

  Confessions d'un Artiste-Peintre 
 
 
Face à son lin tendu sur un châssis d'ébène,
Aurore clouée sur une certaine obscurité,
Contre le vide, il va guerroyer sans haine
Dans ce combat, des siècles hérité.
 
En équilibre cheminant parmi son cortège
De fantasmes cohérents qu'il joue en arpège,
Le prédateur des visions ardentes est armé
De palette volubile et de brosses alarmées.
 
De ses pinceaux tout trempés de curiosité,
Son rêve intérieur va éclabousser la toile,
Dévorer sa blancheur que la pudeur envoile,
Et dresser l'esquisse en quête de réalité.
 
Impudents, les signes déjà flagrants s'interpellent
En joignant son mental qui, alors, les décrypte
Parmi les décors qui se chevauchent et ruissellent
Dans une folle composition qui les abrite.
 
Creuse le réel pour en deviner les coulisses!
Où les extases vont naître mais déjà fleurissent
Pour joyeusement négocier avec les éclairs
De la vive humeur des couleurs complémentaires!
 
Chasse! Traque la lumière! Cherche! Débusque tous les reliefs!
Creuse! Fouille sous l'harmonieuse profondeur des contrastes!
D'où va, peut-être, surgir l'or alchimique comme un astre,
Va! Sculpte à fleur d'imagination dans ce fief!
 
Ainsi, les camaïeus vont bientôt chuchoter
Quelques silhouettes en procession éthérée
Jusqu'à ce point de fuite encore comploté
Qui va s'esclaffer en vives lumières capturées...
 
Maintes et maintes fois, l'ouvrage se renouvelle,
De structure à destructurer en parallèle,
Pour un nouveau, un autre niveau de valeur
Qui se déhanche vers un niveau supérieur...
 
Non! Un tableau n'est jamais vraiment terminé! 

Galdar


L'homme qui marchait 
 
 
         L'homme marchait parmi ses propres ombres, en essayant, à grand peine, d'articuler mentalement les quelques sons qui restaient encore sur son existence.
       Cette existence qui, tantôt le suivait comme une chienne fidèle, sans laisse, tantôt semblait déambuler à son côté (surtout son côté gauche) telle une interlocutrice qui aurait psalmodié un chapelet infini d'interrogations.

        Il redevenait sauvage.

Sa compagne l'aspergeait de pensées en paraissant désirer ainsi le faire croître à nouveau.

Il lui semblait que son cerveau, incandescent, le trahissait en enflammant son âme, jusqu'au moindre de ses tourments; mais il bénissait, un peu maladroitement peut-être, cet incendie qui lui fournissait quelque purification. Les scories de son intelligence crépitaient ainsi sur sa conscience en un vacarme qui ricochait de plein fouet sur son existence. Celle-ci fut prise dans un étau douillet entre les pensées émanées de sa compagne et ses brûlantes turpitudes mentales.

          L'homme marchait toujours, en se faufilant parmi les divers aspects de la réalité qui se présentait à lui comme une mosaïque fiévreuse et finissait par désarticuler sa propre signification.

           L'homme marchait.

Il désirait poursuivre,
explorer son ombre,
ou plutôt dénicher la sienne parmi celles qui l'entouraient,
car il savait qu'au-delà il y avait les portes.
Ces fameuses portes bien-aimées qu'il aimait ouvrir; qu'il aimait écarter, écarteler, même, afin de ressentir la grande existence au sein de laquelle il savait qu'il marchait sans pour autant la voir.

Pour l'instant, il ne pouvait que la pressentir.

            L'homme marchait, plein de confiance en lui-même, surtout de sa compagne qui lui distribuait toujours d'harmonieuses pensées, véritable beaume pour son mental en pleine guerre contre lui-même.

             L'homme marchait.

Il sentit la main gracile de sa compagne s'infiltrer tendrement dans la sienne.

Il réalisa soudain ce qui lui avait manqué toute sa vie et, ayant dépassé toutes les ombres, il aperçut, avec un immense bonheur qu'elle partagea aussitôt avec amour,
un immense panorama jonché de portes toutes plus ouvertes les unes que les autres.   

Galdar

 

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