PAROLES SACREES-VÖLUSPA-1

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VÖLUSPA

" Prophéties de la Voyante"


La Völuspá - "prédiction de la voyante" ou "dit de la voyante" (<*völv-s-spá) - est un poème cosmogonique et eschatologique de la mythologie scandinave, qui fait partie du recueil de l'Edda poétique. Son auteur n'est pas connu. En un long monologue, une magicienne expose en une série de visions riches de détails l'histoire et le destin du monde, des dieux et des hommes depuis l'origine du monde jusqu'au Crépuscule des Puissances (le Ragnarok) qui verra l'avènement d'une terre nouvelle.

                                                                                                                                     

 Ce long Poème décrit la création et la fin d'un cycle du monde.

Il est présenté en trois strophes successives pour chacun de ses versets :

La première concerne la version norroise, langue d'origine de leur rédaction, la seconde est la version française, et la troisième explicite le texte lui-même. lPar conséquent, il présente de nombreux mythes et concepts importants des civilisations nordiques et germaniques.

Une Völva est une Voyante, une Prophétesse, qui pratique le Seidr, sorte de chamanisme pratiqué par les Femmes Initiées de l'Europe nordique et de la Scandinavie dans son Antiquité.

Selon maints témoignages, le Seidhr se pratique à l'extérieur sur une sorte de plate-forme en bois, devant une assistance qui doit prononcer/chanter des Galdrar, ou Incantations spécifiques, destinés à créer une ambiance vibratoire propice à la Voyance.

 

 

 

Texte en  Norrois émanant du Codex Regius :

 1. Hlióðs bið ec allar kindir 
(Calme je demande à tous) 
meiri oc minni, 
(plus hauts plus petits)
mögo Heimdalar; 
(fils de Heimdall) 
vildo at ec, Valföðr, 
vel fyrtelia 
forn spiöll fira, 
þau er fremst um man.

 Traduction française inspirée Régis Boyer:

 1. Silence je demande de tous, les grands et les humbles,
Silence, parents de Heimdall:
Selon ta volonté, Valföðr, je raconterai
Les chants des hommes, les plus anciens dont je me souviens.

 Commentaires et explications de Yves Kodratoff, de moi-même ou de Régis Boyer:

 1. Les deux premiers deux vers sont la formule rituelle avec laquelle on demandait le silence au commencement de la réunion générale islandaise, appelée un "Thing". Un autre poème eddique, la Rigsþula, dit aussi que les diverses sortes d'êtres humains sont les fils de Heimdall (appelé Rig dans ce poème). Valföðr = Des tués le père = Odin.

 2. Ec man iötna
ár um borna, 
þá er forðom mic
fœdda höfðo;
nío man ec heima,
nío íviði,
miötvið mœran
fyr mold neðan.

 2. Je me rappelle des géants de ces temps primordiaux,
Eux qui m'ont donné naissance autrefois:
Neuf mondes je peux compter, neuf énormes étendues,
Et le glorieux arbre du monde, encore profondément sous terre

 2. La völva dit qu'elle est issue des géants. Cela revient à prétendre qu'elle les connaît bien et qu'elle a une connaissance intime du passé puisque les géants sont considérés comme les premiers habitants du monde.  Ce monde est si ancien que l'arbre du monde, nommé Yggdrasil n'a pas encore poussé.

 3.Ár var alda,
(L'année était intervalle-de-temps)
þar er Ymir bygði,
(there Ymir settlements)
vara sandr né sær
né svalar unnir,
iörð fannz æva
né upphiminn,
gap var ginnunga
enn gras hvergi.

 3. C'était des temps anciens,
Ymir était établi là,
Ni sable ni mer, ni vagues froides.
Pas de terre, ni ciel au-dessus,
Mais un large gouffre, et nulle herbe.

 3. Une vache magique, Auðumla, a léché la glace qui entourait le géant, Ymir, qui est le premier de tous les géants. "gap var ginnunga" peut aussi être traduit par "le vide était ouvert", le terme Ginnungagap signifiant littéralement "Vide Béant Magique".

 4. Áðr Burs synir
biöðum um ypþo,
þeir er miðgarð
mœran scópo;
sól scein sunnan
á salar steina,
þá var grund gróin
grœnom lauki.

 4. (traduction mot à mot, mots dans le même ordre que le  Norrois) 
D'abord les fils de Burr
ont haussé les terres
créé Midgard,
magnifiquement formée;
le soleil a brillé du Sud 
sur la salle en pierre,
alors étaient du sol poussés
(avec) de verts poireaux.

 4. Burr est le père d'Óðinn. L'Edda en prose de Snorri rapporte qu'Auðumla, la vache primitive, après avoir léché la glace entourant le géant Ymir, a léché celle contenant aussi le premier homme, Burr. Midgard est la demeure des êtres humains, notre monde, mais également, par extension, l'univers matériel. Le "grœnom lauki" du texte, auquel est resté assez semblable le "green leeks" de l'anglais moderne, désigne la première de toutes les herbes. Ainsi, le poireau présente dans la mythologie nordique une importance mystique, suggérée en tant qu'il représente une des symboliques de Laguz, la 21è Rune.

 5. Sól varp sunnan
sinni mána,
hendi inni hœgri 
um himiniöður;
sól þat né vissi 
hvar hón sali átti,
stiörnor þat ne visso 
hvar þær staði átto,
máni þat né vissi
hvat hann megins átti.

 5. Le soleil vint du sud, sœur de la Lune,
Son bras droit reposant au bord du ciel;
Elle ne savait où se trouvait sa demeure,
La Lune ne connaissait pas son pouvoir,
Les étoiles ne connaissaient pas leur place.

 5. On se souvient que le soleil est féminin en Vieux Norrois, comme en allemand moderne, alors que la lune est un masculin.

 6. Þá gengo regin öll
á röcstóla,
ginnheilög goð,
oc um þat gættuz:
nótt oc niðium
nöfn um gáfo,
morgin héto
oc miðian dag,
undorn og aptan,
árom at telia.

 6. Les dieux ont assemblé un conseil
Dans leur salle de jugement, divinités suprêmes;
À Nuit et à Lune croissante ont donné leurs noms,
Ils ont nommé Matin et Midi,
Aube et Crépuscule, pour l'établissement du temps.

 6. "röcstóla", "les sièges de röc", sont les sièges du jugement. Ce mot sera encore rencontré dans les strophes 9, 23 et 25, toujours avec la signification d'une place où une sage décision est prise. D'où la traduction non classique de "ragna röc" plus loin dans la strophe 44. "regin" est un mot pluriel signifiant "les Dieux", avec le sens original de "les conseillers".

 7. Hittuz æsir
á Iðavelli,
þeir er hörg oc hof
há timbroðo;
afla lögðo,
auð smíðoðo,
tangir scópo,
oc tól gorðo.

 7. Les Ases se réunirent à Iðavöllr,
Ils élevèrent sanctuaire et ferme,
Etablirent une forge à forger les bijoux,
Ils façonnèrent des pinces et forgèrent des outils.

 7. Iðavelli est le locatif d'Iðavöllr. C'est une allusion à une plaine toujours verte où les Dieux ont vécu avant le monde ne soit structuré. "hörg oc hof" est souvent traduit par "autel et temple" ce qui est en effet possible. Vu la forge que les Dieux vont construire au vers suivant, il est préférable de conserver la signification tout aussi possible de "hof" comme "ferme", un sens encore valide en allemand. Völlr = vallée; Ið ?=? "se répétant", c.-à-d., se renouvelant toujours.

 8. Teflðo í túni,
teitir vóro,
var þeim vættergis
vant ór gulli,
unz þriár qvómo
(jusqu'à ce que trois viennent)
þursa meyiar
(géantes jeunes filles)
ámátcar miöc 
(force-géante beaucoup)
ór iötunheimom.
(de Jotun-demeure)

 8. Ils jouaient au "tafl" dans le bosquet, ils étaient gais;
Ils ne manquaient pas d'or
Jusqu'à ce que trois arrivent,
Géantes jeunes filles,
Pleines de force,
De la demeure des Géants.

 8.Le tafl est un jeu semblable au jeu de dames. Pour connaître les règles de ce jeu, consulter 
On pense habituellement que ces trois jeunes filles géantes, "þursa meyiar", venant du pays des géants, "iötunheimr", sont les trois Nornes. La fin de la strophe paraît dire que les Dieux ont été joyeux et gais jusqu'à (!) l'arrivée des Nornes. Comme nous verrons, elles sont maîtresses du destin des êtres humains et des Dieux.

 9. Þá gengo regin öll 
(alors s'asseyent Dieux tous)
á röcstóla,
(sur jugement-tabourets)
ginnheilog goð,
("ginn-"saints Dieux)
oc um þat gættuz,
hverr scyldi dverga
dróttin scepia
ór Brimis blóði
oc ór Bláins leggiom.

 9. Les Hauts Dieux ont assemblé leur conseil.
Dans leur salle de jugement;
Que devaient façonner les nains
A partir du sang de Brimir et des membres de Blain?

 9. Brimir et Bláinn sont deux autres noms donnés au Géant primitif, Ymir, qui a été tué par "les fils de Burr" (c'est-à-dire Odin, Vili et Vé ), et dont le corps a été utilisé pour créer le monde. La strophe 10 nous dira que les nains façonneront des formes humaines à partir de ces ingrédients. Cela résout l'ambiguïté du v. 7de la s. 10: les formes humaines sont faites d'élément terrestres. Noter que le mythe de la création des humains à partir des éléments de le terre est "typiquement" indo-européen. Dans "ginnheilog" ce qu'exactement veut dire "ginn" est inconnu. Ce mot ne s'applique qu'aux Dieux.

 10. Þar Mótsognir
mæztr um orðinn
dverga allra
en Durinn annarr;
þeir manlícon
(ils humaines-formes)
mörg um gorðo,
(beaucoup (um) firent)
dvergar, ór iörðo,
(nains, de la terre,)
sem Durinn sagði.
(comme Durinn dit)

 10. Mótsognir devint le plus grand des nains, et Durinn après lui;
Les nains ont fait comme Durinn l'indiqua, de terre,
Un grand nombre de formes humaines.

 10. Mótsognir, ou Móðsognir ?=? Fatigué ou Voleur d'énergie. Durinn ?=? Somnolant ou Gardien de l'entrée. Au contraire de ce que de nombreux commentateurs soutiennent, la völva dit ici que les êtres humains ont été façonnés par les nains. Comme nous verrons en 17, trois Dieux leur donneront leur vraie humanité. Peut-être s'agit-il là d'une première "création" à partir de la terre, qui appartient au règne minéral, d'êtres nombreux auxquels il manquait une élite dont les "germes" furent créés par les trois Dieux, à partir du bois, règne végétal supérieur au règne minéral? Peut-être l'épisode  des nains fut un rajout effectué par le clergé chrétien pour plus d'harmonie avec leur propre dogme?

 

11. Nýi oc Niði,
Norðri oc Suðri,
Austri oc Vestri,
Alþiófr, Dvalinn, 
Bívorr, Bávorr,
Bömburr, Nóri,
Án oc Ánarr,
Ái, Miöðvitnir.

 11. Nýi et Niði,
Norðri et Suðri,
Austr et Vestri,
Alþiófr, Dvalinn,
Bívörr, Bávörr,
Bömburr, Nóri,
Án et Ánarr,
Ái, Miöðvitnir.

 11. Nýi = Nouvelle Lune, Niði = Nuit sans lune, Nordri = Nord, Sudri = Sud, Austri = Ouest, Vestri = Est, Dvalinn = Engourdi, Nár = Cadavre, Dáinn = Mourant, Bömburr ?=? Rêche, Nóri ?=? Porteur d'inquiétude, Ánarr ?=? Montagne, Ái = Ancêtre, Miöðvitnir = Loup de l'hydromel.

 12. Veigr oc Gandálfr,
Vindálfr, Þráinn,
Þeccr oc Þorinn,
Þrór, Vitr oc Litr,
Nár oc Nýráðr - 
nú hefi ec dverga
- Reginn oc Ráðsviðr -
rétt um talða.

 12. Veigr et Gandálfr,
Vindálfr, Þráinn,
Þekkr et Þorinn (ou Þroinn),
Þrór, Vitr et Litr,
Nár et Nýráðr -
Voici les nains
- Reginn et Ráðsviðr -
Correctement comptés.

 12. Veigr = Cheval, Gandálfr ?=? Elfe de sorcellerie, Vindálfr ?=? Elfe du Vent, Þráinn ?=? Désir brûlant, Þekkr = Bien-aimé, Þorinn ?=? Courageux, Vitr = Sage, Litr = Teinte, Nár = Nouveau, Nýráðr = Nouveau conseiller, Ráðsviðr = De sage conseil.

 13. Fíli, Kíli,
Fundinn, Náli,
Hepti, Víli,
Hanarr, Svíurr,
Frár, Hornbori,
Frægr oc Lóni,
Aurvangr, Iari,
Eikinscjaldi.

 13. Fíli, Kíli,
Fundinn, Náli,
Hepti, Víli,
Hanarr, Svíorr,
Frár, Hornbori,
Frægr et Lóni,
Aurvangr, Iari,
Eikinskjaldi.

 13. Fíli ?=? Liste, Kíli ?=? Bras-de-Mer, Fundinn = Trouvé, Hepti ?=? Poignée, Víli ?=? Vouloir, Hanarr = Artiste avec ses mains, Frár = Rapide, Hornbori = Cor percé, Frægr = Célèbre, Lóni ?=? Brillant, Aurvangr = Vallée du gravier, Eikinskjaldi = Bouclier de chêne. Ici Reginn est évidemment un nom, qui veut dire "les Dieux", comme le mot regin.

 14. Mál er dverga
í Dvalins liði 
lióna kindom
til Lofars telia,
þeir er sótto
frá salar steini
Aurvanga siöt
til Iörovalla.

 14. Humains, apprenez la lignée de Dvalin
Qui remonte au temps de Lofar,
Ils allèrent à Iörovellir et Aurvangar,
Laissant leurs habitations sous la pierre.

 14. Iörovalla = Vallée de la bataille

 15. Þar var Draupnir
oc Dólgþrasir,
Hár, Haugspori,
Hlévangr, Glói,
Scirvir, Virvir,
Scáfiðr, Ái,

 15. Il y avait Draupnir
et Dólgþrasir,
Hár, Haugspori,
Hlévangr, Glói,
Skirvir, Virvir,
Skáfiðr, Ái,

 15. Draupnir = Coulant goutte à goutte, Dólgþrasir = Ivre de bataille, Hár = Haut, Haugspori ?=? Entrant dans la tombe

 16. Álfr oc Yngvi
Eikinscialdi,
Fialarr oc Frosti,
Finnr oc Ginnarr;
þat mun uppi,
meðan öld lifir,
langniðia tal
Lofars hafat.

 16. Álfr et Yngvi
Eikinskjaldi,
Fialarr et Frosti,
Finnr et Ginnarr;
Aussi longtemps que les hommes se souviendront,
La lignée remontera à Lofarr.

 16. Álfr = nom des elfes, Yngvi = Roi (le dieu Freyr est souvent nommé Ingvi Freyr), Eikinskjaldi = Bouclier de chêne, Fialarr ?=? Se cachant, Finnr = Chasseur ou Saami? (en Français, on appelle encore souvent les Saami des Lapons), Ginnarr = Séducteur.

 17. Unz þrír qvómo
ór því liði
öflgir oc ástgir,
æsir,at húsi,
fundo á landi
lítt megandi
Asc oc Emblo
ørlöglausa.

 17. Jusqu'à ce que trois quittèrent le groupe,
Puissants, aimants, Ases de la demeure des Dieux,
Ils ont trouvé Frêne et Orme sur terre,
Sans forces, sans destinée.

 17. Askr = frêne, et Embla = orme. Snorri, dans l'Edda en prose, prétend que les êtres humains ont été faits à partir de troncs d'arbres. Cependant, la Völuspa dit clairement dans la strophe 10 que les formes humaines ont été faites par des nains (sans doute avec de la terre), et elle dit maintenant que ces formes n'avaient ni ørlög, ni force, et non qu'ils étaient des troncs d'arbre. Il semble que Snorri ait simplifié le mythe dans ce cas. Leurs noms peuvent aussi évoquer qu'ils vivaient, mais n'avaient guère plus de vie qu'un arbre, sans qu'ils aient été faits avec du bois. Comme je le dis plus haut, peut-être s'agit-il là d'une première "création" à partir de la terre, qui appartient au règne minéral, d'êtres nombreux auxquels il manquait une élite dont les "germes" furent créés par les trois Dieux, à partir du bois, règne végétal supérieur au règne minéral? Peut-être l'épisode  des nains fut un rajout effectué par le clergé chrétien pour plus d'harmonie avec leur propre dogme? "ørlöglausa" c.-à-d., sans ørlög où ørlög exprime le destin, le sort. La strophe 20 ci-dessous dira que les Nornes organisent l'ørlög des humains.

 18. Önd þau né átto,
óð þau né höfðo,
lá né læti
né lito góða;
önd gaf Óðinn,
óð gaf Hœnir,
lá gaf Lóðurr
oc lito góða.

 18. Ils n'avaient ni souffle, ni sens, ni sang,
Ni son, ni couleur de vie:
Óðinn leur donna le souffle, Haenir les sens,
Lothur donna sang et couleur de vie.

 18. Le mot "önd" est traduit "souffle" par Auden & Taylor, "esprit" par Boyer, "âme" par Genzmer. La signification originelle de "önd" est souffle, et il a pris le sens d'âme dans les textes chrétiens, plutôt tardivement. Le Önd est, en fait, le Souffle Vital, qui peut se comparer au Prana sanscrit, avec toutes ses connotations magico-ésotériques.

 19. Barraskr veit ec standa,

heitir Yggdrasill,
hár baðmr, ausinn
hvítaauri;
þaðan koma döggvar,
þærs í dala falla,
stendr æ yfir, grœnn,
Urðar brunni.

 19.Un frêne je sais qu’il se trouve il s’appelle Yggdrasill, haut arbre, aspergé de blanche boue de là viennent les rosées qui tombent sur la vallée, il s’élève toujours vert au-dessus de la source d’Urdhr

 19. Dans de nombreuses civilisations, le monde est vu comme construit autour d'un arbre, l'arbre du monde. Cet arbre est appelé, dans la tradition nordique, Yggdrasill = le cheval de Yggr, et Yggr est un des nombreux noms de Odin. Il peut aussi vouloir dire Cheval d'effroi = potence. Boyer traduit "hvítaauri" par "remous blancs" avec une note en bas de page disant que ce pourrait bien être "boue blanche". Genzmer parle de "humidité blanche". Dans la citation de cette strophe donnée par Snorri, Dillmann traduit par "boue blanche". En effet, "hvítaauri" vient de hvíta = blanc, et "aurr" = boue. La source d'Urdhr est la demeure des Nornes. Il est souvent dit ce frêne est un if pour trois raisons. Premièrement, ce frêne est décrit comme un arbre à feuilles persistantes. Deuxièmement, l'Edda en prose dit que quatre cerf mangent ses aiguilles.. Troisièmement, Adam de Brème décrit un if géant qui a été adoré dans le Vieil Uppsal. Remarquez cependant que le Norrois pour "if" est "ýr" et il aurait pu être utilisé ici. Edred Thorson dit de son côté que les Anciens utilisait le kenning "barraskr" pour désigner l'if, terme qui signifie "frêne à aiguilles"...d'où l'équivoque.

 20. Þaðan koma meyiar,
margs vitandi,
þriár, ór þeim sal (sæ)
er und þolli stendr;
Urð héto eina,
aðra Verðandi, 
- scáro á scíði - 
Sculd ena þriðio;
þær lög lögðo,
þær líf kuro
alda börnom, 
ørlög seggia.

 20. De là viennent les jeunes filles
Beaucoup ‘connaissantes’
Trois d’elles la demeure [ou ‘hors de la mer qui’]
s’élève [ou se tient] sous l’arbre ;
Urdh s’appelle l’une,
l’autre Verdhandi,
- - elles entaillaient sur le bois - 
Skuld est la troisième.
elles établissaient les lois
elles choisissaient les vies
aux fils des temps
elles énoncent le destin.

20. Les "Urð" signifie "devenu", "Skuld" veut dire "ce qui doit être", "Verðandi" veut dire"devenant". C'est pourquoi on suppose qu'elles représentent respectivement le passé, le futur, et le présent, ce qui permet de les associer à des concepts modernes, plus compréhensibles pour nous, mais qui modifient le sens des noms données au Nornes. Elles décident du "ørlög" des humains comme dit le dernier vers. Les bûches ou les bâtons qu'elles ont gravés sont interprétés habituellement comme des morceaux de bois sur lesquels elles ont gravé des runes. Un autre poème dit explicitement que les runes ont été créées par les "Puissances divines". En considérant ces deux informations ensemble, on peut émettre l'hypothèse que les Nornes décidaient du destin des hommes et des Dieux au moyen de runes (du moins est-ce ainsi que je l'imagine!). Personnellement, moi, Galdar, je crois dans le fait qu'elles sont en quelque sorte éternelles, comme je le dis ici

 21. Þat man hón fólcvíg
fyrst í heimi,
er Gullveigo
geirom studdo
oc í höll Hárs
hána brendo;
þrysvar brendo,
þrysvar borna,
opt, ósialdan;
þó hón enn lifir.

 21. Elle se souvient bien 
De la première guerre dans le monde, 
Quand Gullveig était fichée à la pointe des lances 
Et dans la demeure Hár, elle fut brûlée. 
Trois fois brûlée, trois fois née à nouveau, 
Bien elle-même, elle vit toujours.

 21. "Elle" est ici la völva qui parle certainement d'elle-même de cette façon. Gullveig veut dire "Pouvoir de l'or". Elle est la cause de la guerre entre les Ases et les Vanes. Elle est de la race des Vanes, et elle rend visite aux Ases. Ces derniers la brûlent trois fois, mais elle est trois fois née à nouveau. La guerre commence à cause de ces mauvais traitements infligés à Gullveig.

 22. Heiði hana héto,
hvars er til húsa kom,
völo velspá,
(völva bien-prophétisante)
vitti hon ganda;
(habile elle baguette-magique)
seið hon, hvars hon kunni,
(seidr elle, qui toujours elle connaît)
seið hon hug leikinn, 
(seidr elle signification était habile)
æ var hón angan
(toujours était elle délice)
illrar brúðar.
(des mauvaises fiancées)

 22. Ils l'appellent Heidr quand elle visite leurs maisons,
Une völva aux bonnes prophéties, sage en charmes.
Façonneuse d'incantations, connaisseuse en magie.
Par les mauvaises femmes toujours bien accueillie.

 22. Je suppose que la völva parle encore d'elle-même: Heidr veut dire "Brillante" ce qui peut évoquer Freya mais Genzmer signale que Heidr est un nom classique des völva. (note de traduction: les traducteurs gardent habituellement la forme "Heidi" mais un Islandais m'a fait remarquer que Heidi est l'accusatif de Heidr). Pratiquer le "spá" est le travail du devineresses, cela revient à ce qu'on appelle "voyager" dans le chamanisme moderne. Le mot veut dire "prophétiser". Il est évidemment surprenant qu'elle dise d'elle-même qu'elle est toujours bien accueillie par les mauvaises femmes, je m'attendrais plutôt à ce qu'elle déclare qu'elle est toujours bien accueillie par les femmes instruites (les "sages-femmes"). En pensant à l'origine du mot anglais "witch" qui vient de "wise" = sage, on peut imaginer que le texte original a subi une christianisation, et que la version première du poème disait que Heidr est toujours bien accueillie par les sages femmes.

 

SUITE


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