SNORI STURLUSON ET L'EDDA

 

SNORRI STURLUSON

(Extrait de Wikipedia et Encyclopedia Universalis)

Biographie

La vie de Snorri nous est connue grâce à la Sturlungasaga (« Histoire des Sturlungar », c’est-à-dire des descendants de Sturla, le père de Snorri), rédigée à la fin du XIIIe siècle.

Snorri Sturluson est né en 1179 à Hvammur. Fils d'un arriviste célèbre, Sturla  ordarson (Sturla Þórðarson), établi dans l'ouest de l'île, à Hvammr, et lui-même rejeton d'un des prestigieux colonisateurs de l'île, Snorri le Godi (héros de l'Eyrbyggja Saga), et de Guðný Böðvarsdóttir qui descend du grand scalde Egill Skallagrímsson, il appartient à la famille des Sturlungar, alors la plus influente du pays.

Snorri n’est pas élevé par ses parents mais, dès l’âge de trois ans, par Jón Loftsson — cette pratique est à l’époque une façon de sceller une alliance ou un accord. Jón Loftsson est l’un des chefs les plus puissants de l’île mais aussi un homme d’une grande érudition. Snorri passe sa jeunesse à Oddi, qui est alors l’un des principaux centres intellectuels de l’Islande. Il y découvre aussi bien la culture chrétienne que la littérature traditionnelle norroise : poèmes mythologiques et héroïques et premières sagas retraçant l’histoire des rois de Norvège ou les exploits de héros vikings.

Depuis huit siècles qu'elle existe, la littérature islandaise n'a jamais compté d'écrivain comparable à Snorri, fils de Sturla de Hvammr. Mythologue, sagnamadr (compositeur de sagas), poète, pédagogue, historien hors pair, il domine de sa puissante stature non seulement ses compatriotes, mais, on peut oser le dire malgré l'ignorance où l'on reste de son œuvre en France, le XIIIe siècle européen. Intelligent et équilibré, il détonne sur son temps d'excès et de passions violentes, car il a la trempe d'un génie classique : le seul véritable classique, peut-être, que le Nord ait connu.

Il fait un riche mariage et reçoit la charge de goði (chef local). Il s’emploie à accroître sa richesse, et joue un rôle politique de plus en plus important. De 1215 à 1219, il est titulaire de la plus haute fonction en Islande, celle de lögsögumaðr (« homme qui dit la loi »), c’est-à-dire qu’il préside l’Alþing (assemblée politique et juridique des hommes libres) et est chargé d’apprendre et de réciter les lois.

En 1218, il est invité à la cour de Norvège par le roi Hakon IV. Il passe deux ans aux côtés du roi et du prince Skuli et profite de son séjour pour approfondir ses connaissances de l’histoire de la Norvège. Mais Hakon a sur l’Islande des visées que Snorri s’est engagé à favoriser. Ce projet lui vaut des ennemis en Islande et, après son échec, sa disgrâce auprès du roi.

Il est néanmoins désigné une nouvelle fois lögsögumaðr de 1222 à 1231. Mais l’Islande entre alors dans une période de déclin (connue sous le nom de Sturlung, elle dure de 1230 à 1262), caractérisée par l’exacerbation des rivalités entre les principaux clans de l’île. La situation de Snorri devient alors délicate.

Aussi retourne-t-il en 1237 en Norvège, où une lutte féroce oppose désormais Hakon et Skuli. Il y reste deux années, aux côtés du prince Skuli, avant de regagner l’Islande, ce que le roi lui avait interdit. En 1241, après avoir vaincu Skuli, Hakon ordonne au chef du parti norvégien en Islande d’exécuter Snorri, qui meurt assassiné par un homme de main de son gendre dans la nuit du 23 septembre.

 

Œuvre

Snorri Sturluson est d'abord l'auteur de l'Edda, aussi appelée Edda de SnorriEdda en proseou Jeune Edda.

On lui doit également une Histoire des rois de Norvège (ou Heimskringla), des origines mythiques au XIIIe siècle.

Lui est aussi attribuée la Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve, grand poète, magicien, mais aussi guerrier viking sanguinaire, qui vécut au Xe siècle et est peut-être un ancêtre de Snorri.

Enfin, certains (Peter Hallberg notamment) estiment qu'il est l'auteur de la Þrymskviða, poème de l'Edda poétique narrant le vol et la récupération de Mjöllnir, le marteau de Þórr.

Poésie scaldique

La poésie scaldique, qui s'est développée en Scandinavie et en Islande, est d'accès si difficile qu'elle décourage la traduction en français ; elle mérite toutefois la plus grande attention, tant pour sa beauté formelle que pour son originalité extrême, sans parler des problèmes passionnants qu'elle pose à la critique.Choix subtil des termes, richesse et élaboration des images, science suprême du langage, maîtrise absolue des techniques les plus audacieuses, la poésie scaldique est le fleuron le plus raffiné d'une littérature prestigieuse. Qui plus est, sa valeur historique est précieuse, et c'est en partant d'elle que Snorri Sturluson a pu écrire sa Heimskringla. Essai réussi de transposition littéraire de la polyphonie musicale, elle offre, enfin, un champ d'études vierge aux recherches actuelles, car elle constitue par excellence, un langage dans le langage et représente assurément le comble d'un art qui entend se livrer tout en se cachant, jouissance intellectuelle et esthétique pure qui n'offusque pourtant pas le plaisir de découvrir, une fois gratté le palimpseste, de riches et chaudes personnalités humaines offertes généreusement à nous.

La poésie scaldique monte très probablement au VIIe ou VIIIe siècle de notre ère. Apparue en Norvège et en Islande, la poésie scaldique est encore pratiquée au XIVe siècle en Islande. Elle laisse des œuvres célèbres et complexes, mais aussi des auteurs dont les noms et la carrière nous sont en partie connus. Ainsi Bragi Boddason, est certainement le plus célèbre.

Dans le nord de l'Europe – et surtout dans l'ouest de la Scandinavie, il a certainement existé une catégorie reconnue de poètes officiels attachés à la suite d'un roi, d'un chef ou d'une autre autorité, qu'on appelait scaldes (skàld). Malheureusement, l'étymologie du terme demeure mystérieuse et la production de ces poètes mal connue et parfois hermétique. Ce n'est d'ailleurs qu'à partir du XIIe siècle que cette littérature a été consignée par écrit – alors qu'elle n'est déjà plus vivante qu'en Islande.

Le rôle de ces scaldes était probablement de louer le dignitaire qu'ils servaient et jouer le rôle d'historiographe plus ou moins complaisant de leur règne. C'est pourquoi la poésie scaldique rapporte en général des événements, des hauts faits, des batailles ou des expéditions – quand elle ne rend pas hommage à un glorieux défunt. Pourtant, il n'est pas rare de lire des scaldes qui exposent des sentiments, parlent d'eux-mêmes ou se mettent en scène, chose infiniment moderne pour la littérature médiévale, voire quasi inédite.

Les poèmes scaldiques répondent à une double exigence de fond (en se limitant aux genres et aux voix déjà évoqués) et de forme. En effet, l'art scaldique est avant tout une prouesse lexicale et rythmique, une virtuosité complexe et réglée, dont certains dispositifs nous échappent encore. Avant tout, il convient de dire que les variantes formelles sont nombreuses et raffinées, ce qui ne permet pas d'identifier la pratique scaldique à quelques formes simples. Il semble malgré tout que l'essentiel soit de cumuler la recherche la plus poussée qui soit en termes à la fois d'accents, d'assonances, d'allitérations, de strophe, de syllabes et de syntaxe.

La langue des scaldes – que ce soit l'islandais, le proto-norvégien, ou d'autres langues ou dialectes proches – part du principe d'une syntaxe libre qui autorise l'inversion et la dispersion des mots dans la phrase et la strophe (qui agit comme le précipité visuel et tabulaire de la phrase linéaire) au gré des besoins d'une musique et d'une profération. Dans l'état actuel des connaissances historiques, il apparait que la déclamation des poèmes était proche du hurlement – et que les groupes d'accents et de syllabes avaient d'autant plus d'importance et d'influence sur la composition.

L'EDDA

Lorsque, en 1643, l'évêque Brynjólfur Sveinsson de Skálholt découvrit en Islande le manuscrit, connu sous le nom de Codex Regius, qui contient les poèmes de l'ancienne Edda, il ne se doutait peut-être pas qu'il venait de mettre la main sur un des textes les plus précieux, non seulement pour les nations germaniques dans leur ensemble, mais aussi pour la connaissance de la civilisation de l'Europe ancienne. Diversité des formes et virtuosité des techniques, variété des registres et des tons, multiplicité des genres, beauté sauvage de la langue, splendeur raffinée des images et des figures : ces poèmes nous livrent un univers étrange et fascinant, une conception originale de l'homme, de la vie et du monde. Sans eux, on saurait peu de chose de la mythologie germanique primitive et de l'éthique nordique ancienne. Sans eux, surtout, on ignorerait l'existence d'une conception du destin qui préfigure curieusement la « gloire » cornélienne. Sans eux, enfin, il manquerait au trésor de la poésie universelle quelques-uns de ses plus beaux fleurons gnomiques, héroïques ou magiques.

Ces deux recueils islandais du XIIIe siècle, l'un poétique, l'autre dit « en prose », nous donnent, dans une forme hautement élaborée, la majorité des textes sur lesquels nous nous fondons pour connaître la mythologie des anciens Scandinaves. Ils comptent parmi les fleurons de nos lettres médiévales occidentales.L'Edda poétique : un creuset de légendes On appelle Edda poétique (ce terme admet diverses étymologies, la plus probable renvoyant à l'idée de composer de la poésie) un recueil d'une trentaine de poèmes rédigés selon les règles contraignantes de la poétique scaldique (poésie scandinave), dus à des Islandais mais certainement fondés sur des assises norvégiennes, danoises et pangermaniques. Ces textes rapportent les hauts faits ou les mythes concernant les dieux (Odinn dans les Havamal ou les Grimnismal, Thor avec la Thrymskvida et la Hymiskvida, Freyr dans la Skirnisför, Freyja avec le Hyndluljod, le Völuspa) et les héros (surtout Sigurdr [Siegfried] meurtrier du dragon Fafnir, dont l'histoire épique et surtout les amours malheureuses nous sont contées à loisir).

 Traductions françaises

  • Régis Boyer, L'Edda poétique, Fayard, coll. « L'Espace intérieur », 1992 (ISBN 2-213-02725-0), pour la Þrymskviða ;
  • Régis Boyer La Saga de Harald l'impitoyable Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1979 (ISBN 2228336300)
  • Regis Boyer, La Saga de Saint Olaf, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1992(ISBN 2-228-88472-3) ;
  • Régis Boyer, Sagas islandaises, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1987(ISBN 2-07-011117-2), pour la Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve ;
  • François-Xavier Dillmann, L'Edda, Gallimard, coll. « L'Aube des peuples », 1991 (ISBN 2-07-072114-0) ;
  • François-Xavier Dillmann, Histoire des rois de Norvège - Première partie, Gallimard, coll. « L'Aube des peuples », 2000 (ISBN 2-07-073211-8).

Bibliographie

  • Georges Dumézil, « Réhabilitation de Snorri », dans Loki (repris dans Mythes et dieux des Indo-Européens), Flammarion, coll. « Champs », 1999 (ISBN 2-08-081342-0) ;
  • Patrick Guelpa, Dieux et mythes nordiques, Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Savoirs mieux. Histoire des religions », 1998 (ISBN 2-85939-562-8) ;
  • Rudolf Simek, Dictionnaire de la mythologie germano-scandinave, Le Porte-Glaive, coll. « Patrimoine de l'Europe », 1995 [2 volumes] (ISBN 2-906468-37-1 et ISBN 2-906468-38-X).

 

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